Eh bien voilà. Le vote en commission de l’Intérieur sur la scission de BHV a eu lieu, et comme prévu (mais fallait-il être devin pour le savoir), les votes ont marqué le fossé creusé à force de slogans racistes et extrêmistes, de complaintes victimisantes, de réécritures de l’Histoire, de discours arrogants, durant près de 50 ans par une frange grandissante de la classe politique flamande. Dans un oubli complet du respect des règles du jeu, les flamands ont fait jouer la force du nombre.
Bon, au-delà de l’effet explosif dans l’inconscient collectif, la victoire flamande n’est pas aussi grande qu’on ne pourrait le dire. En effet, tout qui connaît un minimum de droit constitutionel sait que le chemin de cette loi est encore très long jusqu’à sa mise en application. Sans compter les outils proposés aux francophones pour faire valloir leurs droits et respecter cet équilibre si fragile entre les communautés.
Nous voici à peine remis du choc de mercredi que la presse s’empare d’une idée née dans la tête de certains journalistes flamands : et si tout cela n’était qu’une vaste blague, une fumisterie, un coup de théâtre orchestré par le CD&V et le MR ? Les arguments tiennent la route : la scission votée en commission permet de mettre, provisoirement, la question BHV au frigo. Et de faciliter ainsi les négociations de l’orange bleue et, surtout, la vie de Yves Longterme (pardon Leterme). Les journalistes défendant cette hypothèse ne viennent pas les mains vides. Pour étayer leur thèse, ils insistent sur la mièvrerie des réactions francophone au lendemain du coup flamand. Seul Elio Di Rupo, timidement accompagné par son homologue Ecolo, s’est insurgé contre ce vote en clamant haut et fort sur Matin Première, ce jeudi 8 novembre : “Nous parlons Français et nous sommes chez nous, les Flamands vont devoir le comprendre”. Courageux, amusant, théâtral, mais le CDh et le MR, présents eux aussi dans le studio, ont été beaucoup moins expansifs… Etonnant, d’autant plus qu’Olivier Maingain, le matin même, parlait de haute trahison et déclarait ne plus vouloir s’asseoir à la table des discussions tant que Yves Longterme (pardon Leterme) serait formateur. Depuis mercredi midi, Monsieur Maingain est muet et l’orange bleue tempère. Mais doit-on pour autant crier à l’arnaque politique ? A la mise en scène communautaire ? Sont-ce des preuves qu’il ne s’agit pas d’un coup de magie flamand mais d’une supercherie de mauvais goût ? Contrairement à mes amis journalistes, je n’ai aucune réponse à cette question.
Que le coup soit arrangé ou pas, un élément retient toute mon attention. Un élément auquel peu de partis ont fait allusion depuis mercredi mais qui pourrait signifier beaucoup d’ici 2 ans. Je veux parler du vote Vlaams Belang et De Dekker. En agissant comme il l’a fait, Peter De Crem a profité du vote extrêmiste flamand, déroulant à ceux-ci le tapis rouge et légitimant leur présence sur la scène politique nationale ! Après la NVA, ce sont les grosses cylindrées de l’extrêmisme qui sont adoubées par le parti leader en Flandres. Les comportements des mandataires CD&V ont également de quoi inquiéter. Je me suis amusé de voir les élus VB applaudir la sortie des francophones en lançant des “Au revoir”. Ces réactions puériles et stupides indiquent simplement le niveau intellectuel de ces pseudo-hommes politiques, toujours présents pour provoquer, jamais pour construire. Je l’ai par contre été beaucoup moins (amusé) lorsque j’ai remarqué que De Crem affichait le même sourire narquois et battait tout autant des mains, suivi par quelques-uns de ses amis oranges.
Le séparatisme est présent dans tous les partis flamands. Comme un virus modifiant petit-à-petit les mentalités, il pénètre l’inconscient collectif et persuade le plus belge de nos voisins que la Flandre se portera bien mieux seule. Dont acte ! Et pourquoi pas, finalement ? Que nos parlementaires francophones osent un geste fort en demandant l’autonomie de la Wallonie et de Bruxelles. Et que le spectacle commence !!!